Avril 2004

No103 - Budget 2004 : 1987,4 milliards F CFA

Samedi 10 Avril 2004

Loi de finances
Le budget 2004, adopté après des débats houleux Après avoir été adopté par la commission des affaires économiques et financières, le budget 2004 a subi jeudi dernier, en plénière son dernier test de passage Les députés se sont encore une fois retrouvés jeudi à l’Assemblée nationale. A l’ordre du jour, le projet de loi de finances 2004 équilibré en recettes et en dépenses à 1987,4 milliards F CFA. En dépit de l’appel du groupe parlementaire PDCI à voter non, Il a été adopté par 115 voix pour et 71 contre.

En hausse de 37% par rapport au précédent établi à 1518,9 milliards F CFA, le budget 2004 dit de normalisation, a fait l’objet de débats très houleux entre parlementaires de différents bords politiques. Le président de l’Assemblée nationale M. Mamadou Koulibaly qui a dirigé lui-même les travaux, a eu bien du mal à imposer parfois son autorité. Il a dû maintes fois recourir au règlement de l’Assemblée Nationale, le lire et le relire à haute voix pour finalement parvenir à rapprocher les positions.

Trois points auront particulièrement passionné les parlementaires jeudi.

D’abord le budget alloué à la Présidence de la République qui a fait l’objet d’une proposition d’amendement du reste rejetée. L’augmentation du montant de ce budget ne se justifie pas selon nombre de députés qui n’ont pas hésité dès lors à proposer une réaffectation de ressources. Selon les explications, ce budget se subdivise en réalité en budget de souveraineté géré pour le compte du Chef de l’Etat qui en use à sa guise et en budget de fonctionnement qui sert notamment à faire face aux salaires des membres du gouvernement et autres présidents d’institutions. Les 7 milliards inscrits en augmentation seraient en réalité destinés à régler les arriérés dus aux fournisseurs.

La récurrente question de la pénalité de 10% de la SODECI et de la CIE dont il déjà été question à la neuvième législature a été longuement débattue. Et sur la question, les députés semblaient en majorité favorable à une suppression de cette pénalité “ qui est un impôt nouveau et induit une double taxation quand on considère les frais de rétablissement de la fourniture d’eau ou d’électricité ”.

Le rapport de la commission économique et des affaires financières qui a adopté le budget le 29 mars après trois séances de travail met en relief les réserves des députés membres de ladite commission. Les députés se sont interrogés sur l’opportunité d’inscrire au chapitre des ressources extérieures attendues, 394,3 milliards F CFA. “ Certaines ressources sont finalisées et ne représentent pas de simples estimations. Ainsi 144 milliards F CFA sont déjà disponibles. Des accords ont été déjà conclus avec des bailleurs de fonds ”, se serait en substance défendu le commissaire du gouvernement. C’est du moins ce qu’indique le rapport de ladite commission lu au cours de la séance plénière. Absence de douzième provisoire alors que des dépenses sont exécutées depuis janvier 2004, prévisions trop optimistes dans une conjoncture économique morose, contribution extérieure trop élevée, insuffisances des équipements sont autant de griefs déjà formulés à l’encontre de ce budget établi sur des prévisions de taux de croissance de 2,4% contre -2,2% en 2003.

Dans l’ensemble, le gouvernement ne semble pas partager ce scepticisme ambiant. Mieux, selon le rapporteur de la commission des affaires économiques et financières, le gouvernement considère qu’il faut tuer l’ivoiro- pessimisme.

Si les arguments du commissaire du gouvernement ont finalement convaincu les députés membres de la commission, les mêmes griefs ont été encore une fois formulés au cours de la plénière qui a enregistré la présence de 177 représentants du peuple dont certains n’ont pas hésité à demander des amendements, comme le prévoit le règlement de l’Assemblée nationale.

En effet, si les contraintes budgétaires ont conduit le gouvernement à ne pas inscrire de ligne de crédit destinée à lui permettre d’honorer ses engagements vis-à-vis du Club de Paris et de la BAD, les députés s’en inquiètent tout de même. Et pour cause, ses deux institutions jouent un rôle majeur dans de nombreux programmes immédiats en faveur de la Côte d’Ivoire. La contribution pour la reconstruction nationale qui devrait permettre au gouvernement de mobiliser 10 milliards F CFA pour les huit derniers mois de 2004 contre 17, 5 milliards en 2005, n’est pas du goût de certains députés qui y voient un impôt de trop, une charge supplémentaire pour les ménages déjà éprouvés alors que des fonds auraient pu être levés sur le marché financier pour les mêmes fins.

Le financement des partis politiques, le prélèvement excessif dans la filière cacao, les subventions allouées aux conseils généraux, la présentation de l’annexe fiscale sont autant de préoccupations dont les parlementaires ont plus ou moins débattu jeudi dernier avant d’adopter la loi de finances 2004.
Auteur: Soungalo Kone

Source : Fraternité Matin du vendredi 9 avril 2004


No102 - “Les ‘’lagunades’’ pour sauver la lagune”

Jeudi 1 Avril 2004

Et revoilà les ‘’lagunades’’. A la veille de la cérémonie de présentation de l’événement, Georges Taï Benson se livre à l’Intelligent d’Abidjan. Interview.

Pour l’organisation des ‘’lagunades’’, quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
L’indifférence totale des uns et des autres. Tant chez les pouvoirs publics que chez les populations elles-mêmes. Personne ne s’occupe du sort de la lagune. Alors, les illuminés qui en font une préoccupation sont comme des martiens qui sont tombés de cette planète et qui s’occupent de choses inutiles. Et ce sont ces difficultés- là qui ont fait que les deux premières éditions se sont déroulées dans l’indifférence totale. J’allais dire dans l’intimité. Et c’est dommage parce que la lagune se meurt. Pour la sauver, il faut attirer l’attention des uns et des autres à travers des manifestations comme les ‘’lagunades’’. Cela coûte de l’argent. Nous faisons appel aux mécénats, aux sponsorings, malheureusement personne ne s’en occupe. Personne n’est sensible. C’est la première difficulté, l’indifférence.

Alors que le pays est en difficulté, vous organisez des ‘’lagunades’’. Vous avez forcément des soutiens. Qui sont-ils ?
Les ‘’lagunades’’ se sont déroulées pour la première fois, il y a une dizaine d’années, quand le pays était prospère. Quelle main magique aurait pu être derrière cet événement ? Je vous renvoie la question.

L’Etat ?
L’Etat ! C’est pour cela que nous avons fait des ‘’lagunades’’ avec un budget costaud ? C’est pour ça ? Et bien non. Il n’y a aucune main magique derrière. C’est la préoccupation d’un enfant de l’eau. Et je veux qu’on arrête en Côte d’Ivoire de voir derrière toute initiative une main magique ! ( Il hausse le ton, un peu fâché). Je suis né à Abidjan au bord de la lagune Ebrié. Je suis Apollonien par mon père, c’est-à-dire de Grand-Bassam lagune-mer, et de Grand Lahou par ma mère, c’est- à-dire Lagune-mer. Je suis un enfant qui s’est baigné dans la lagune Ebrié à la baie de Cocody et à Anoumabo et qui ne peut pas voir la lagune mourrir, sans s’en occuper, sans être interpellé. Voilà la main magique qu’il y a derrière les ‘’Lagunades’’. Les Lagunades n’ont pas commencé quand la Côte d’Ivo ire était en difficulté. Elles ont commencé il y a dix ans, quand il y avait de l’argent dans ce pays. Nous n’avons pourtant pas reçu un sou.

Quelles couleurs pour ces ‘’lagunades’’ 2004 ?
Chaque fois, nous avons envie que les lagunades aient les couleurs que nous souhaitons ; c’est- à-dire profiter de cette manifestation pour attirer l’attention des maires, des autorités publiques et des populations sur l’agonie de la lagune. Je suis né à Abidjan à l’Avenue 8 à Treichville, à la maternité qui est devenue aujourd’hui le Commissariat. Je ne suis pas venu à Abidjan ! Nous allions à Anoumabo nous baigner. Quand nous étions au collège, c’est dans la baie de Cocody, là où il y avait l’aquarium devenu Café de Rome, que nous nous baignions. Et dans cette lagune qui était pure, il y avait toutes les espèces de poissons. Aujourd’hui, il n’y a plus d’eau parce que le sable, les détritus et la pourriture ont pris la place de l’eau. C’est cela qui me fait mal. La couleur que nous voulons, c’est celle de la prise de conscience collective.&n bsp; Les mouvements des océans et des terres sont très lents ; les mers avancent très lentement et les terres aussi. Regardez dans la baie de Cocody. En moins de 5 ans, la terre a gagné 120 mètres sur l’eau. Si on n’y prend garde, dans 15 ans, le pont De Gaulle sera inutile parce qu’il n’y aura plus d’eau en dessous. Et tout le monde passe là, du Président au charbonnier... Mais l’on s’en fout.

Quelles solutions préconisez-vous pour guérir la lagune ?
Nous voulons seulement attirer l’attention des gens. Parce que nous savons qu’il y a des pays qui ont conquis des terres sur les mers. A l’opposé, des pays ont été amenés à creuser le sable pour faire apparaître l’eau. Si nous attirons l’attention des uns et des autres, peut-être que ces pays viendront nous aider. Tous les maires qui se sont succédé à la mairie d’Abidjan ont négligé la lagune. C’est le Maire Bendjo du Plateau qui essaie de faire quelque chose, mais tout cela doit être fait dans le cadre d’une volonté nationale de sauver la lagune qui est source de vie quand on l’entretient et mortelle quand elle est sale, comme c’est le cas en ce moment.

L’organisation d’une telle manifestation doit coûter cher. Est-ce qu’on peut avoir une idée de votre budget ?
Non. Cela exige surtout beaucoup de volonté. Arrêtons de parler d’argent. (Il s’énerve). Intéressez-vous plutôt à la volonté qui nous anime, les actions que nous comptons mener, combien de personnes-nous attendons, etc.

Parlons en alors !
(Toujours en colère) Et vous parlez d’argent devant la mort de la lagune ! C’est la volonté qui compte d’abord. Vous croyez qu’il n’y a pas d’argent en Côte d’Ivoire, malgré la guerre ? Il y a beaucoup d’argent dans ce pays. Et il y en avait énormément avant la guerre. S’est-on occupé de la lagune ? C’est parce qu’on n’a pas eu la volonté de le faire. Chaque année, les salades d’eaux douces viennent à la surface de la lagune Ebrié. Dès qu’il y a une manifestation, on parle d’argent. Lorsqu’on prendra conscience que la lagune se meurt, que les poissons disparaissent et que les gens sont malades, à ce moment-là on se posera la question : comment faire ? Ecoutez ! Il y a des techniques de dépollution, d’aménagement et de protection des eaux dans le monde. Si nous présentons un bon dossier, si nous faisons une bonne manifestation des ‘’Lagunades’’, nous trouverons des oreilles attentives.

Une idée bien précise du programme de ces lagunades 2004 ?
Les lagunades comportent trois manifestations. La première est l’opération «J’aime ma lagune». Elle consistera à mettre les communes en compétition. Car des dix communes qui constituent la ville d’Abidjan, une seule n’a pas accès à la lagune. C’est Abobo. Ces communes ont des associations de femmes et de jeunes. Que les maires jouent d’imagination et de persuasion pour mettre tous ces clubs en compétition pour nettoyer toutes les berges. Et que les services techniques trouvent des voies et moyens pour créer des choses originales comme des latrines, pour empêcher qu’en l’an 2004, on aille déféquer dans la lagune à Abidjan. Comme Bendjo au Plateau, les autres maires doivent créer des cadres de divertissement au bord de la lagune. La deuxième manifestation est Lagune expo. Il y a, à travers le monde, des gens dont le travail est de fabriquer des bateaux sur les lagunes. D’autres sont spécialistes de filets de pêche, d’autres encore de médicaments pour combattre les salades d’eaux douces etc. Nous allons sur un site Internet faire appel à tous ces spécialistes à venir exposer. Il y aura aussi les industriels qui polluent la lagune. Ceux qui élèvent des poissons en lagune. Tous viendront exposer leurs produits dans des stands. La troisième manifestation sera un Carnaval sur la lagune. Il y aura des courses de pirogue, des défilés d’embarcations illuminées et aménagées, des démonstrations de ski nautique. Une grande fête en perspective. Quand cette idée originale prendra corps dans nos esprits, c’est à ce moment-là que nous allons vendre les lagunades. Et c’est là qu’intervient l’argent. C’est pour cela que nous faisons cette cérémonie de présentation qui aura lieu le 5 avril 2004 au Palais de la culture à Treichville pour que les autorités politiques , les ministres, les opérateurs économiques, les ambas sadeurs et les organisations internationales sachent que les ‘’lagunades’’ existent. Et nous allons les convaincre de la nécessité de sauver la lagune. Nous allons leur adresser des correspondances pour évaluer.

On pourrait dire et revoilà les ‘’lagunades’’ pour toujours ?
J’espère que ce sera pour toujours. Vous avez dit tout à l’heure que la Côte d’Ivoire est en guerre et c’est à ce moment qu’on veut faire les ‘’Lagunades’’. Ecoutez, l’Ethiopie était en guerre et a organisé la coupe d’Afrique des nations. Il y a des exemples comme cela en Occident. Imaginez qu’on ne fasse rien. Les produits halieutiques seront empoissonnés et c’est la population qui paiera le lourd tribut en les consommant. Il faut se préoccuper de tout cela. Et revoilà les lagunades. Et, je l’espère bien. Ma préoccupation, c’est de pérenniser les lagunades. Nul n’est irremplaçable. Les Abidjanais aiment la lagune. A preuve, les samedis quand vous passez au Plateau, vous les apercevez nombreux au bord de la lagune. Quoiqu’ils jettent partout les ordures. Si en face le maire de Treichville en faisait pareil, suivi de ceux des autres communes aussi, imaginez un peu le visage qu’Abidjan aura avec sa lagune. Les villes qui ont un plan d’eau lagunaire sont rares. C’est un don de Dieu. Est-ce que vous savez que la Côte d’Ivoire détient un record mondial du système lagunaire en étendue et en longueur ? De la frontière du Ghana à Tabou, nous avons la lagune. La lagune est belle et j’ai mal au coeur quand on présente les lavandières du banco comme une curiosité touristique, alors que chaque jour elles déversent des quantités de détergent dans la lagune. Dans la baie de Locodjro, on tue la lagune avec le cimetière des bateaux. Comment avec une lagune aussi belle, on peut instituer un cimetière des engins ! Un spectacle macabre. Voilà ce qui nous préoccupe.
Interview réalisée par Inno Kouamé
Source : L'Intelligent d'Abidjan N°73 du 1 Avril 2004