Juin 2005

No112 - Angola-Côte d'Ivoire : Coopération - SE. Madame Anne GNAHOURET TATRET, Ambassadeur de Côte d'Ivoire rencontre la Presse, à l'occasion de la visite de travail à Luanda du Président Gbagbo

Dimanche 5 Juin 2005

Excellence Mme l'Ambassadeur, initialement, la visite de travail du Président Gbagbo devait commencer ce lundi 6 juin. Elle a été avancée de 24 heures, à la demande des autorités angolaises. Comment interprétez-vous ce changement ?
Ce décalage d'un jour de la visite du Président Gbagbo me réjouit. C'est la preuve que les relations entre la Côte d'Ivoire et l'Angola, entre les deux Présidents sont au beau fixe.

La visite de travail a été organisée dans ses menus détails par le Président Dos Santos lui-même. C'est justement compte tenu de la densité du programme qu'il a préféré que son frère et ami Gbagbo anticipe son arrivée à Luanda. Afin qu'ils commencent très tôt à travailler, car c'est surtout une visite de travail.

Quels seront les temps forts de cette visite de travail ?
Il y aura plusieurs rencontres entre ces deux Chefs d'Etat. Le premier tête-à-tête durera deux heures. C'est un programme vaste. Les deux chefs d'Etat vont bien sûr faire le point de leur coopération mais également des grands problèmes africains. N'oubliez pas que l'Angola est devenu un pays phare de toute cette région depuis que la paix est revenue.

Tout le monde court aujourd'hui derrière le Président Dos Santos qui fait l'objet de maintes sollicitations. C'est un privilège pour notre Président de venir échanger longuement avec son homologue qui a une bonne expérience de la gestion des crises. Il convient en effet de rappeler que l'Angola a connu 27 ans de guerre civile. Depuis la fin de cette crise en 2002, leur processus de paix avance bien. Pour la Côte d'Ivoire qui sort progressivement de sa crise, l'expérience angolaise était bonne à partager.

Les Ivoiriens sont bien vus en Angola. Qu'est-ce qui explique cette sympathie perceptible ?
Cet engouement pour les Ivoiriens tire sa source dans la visite officielle que le Président Laurent Gbagbo avait effectuée en mars 2001. Au cours de cette visite, il a pris solennellement et officiellement position , au cours d'une rencontre avec les députés à l'Assemblée nationale, pour le pouvoir légal de Luanda. Il s'est prononcé pour l'application des Accords de Lusaka : cela a profondément réjoui les Angolais et leurs autorités.

Ensuite, il y a eu l'élan de générosité des Ivoiriens en février 2002. Au sortir de la guerre les combattants de l'UNITA étaient démunis ; le ministre angolais des Relations extérieures avait convoqué le corps diplomatique pour solliciter l'aide internationale. Les autorités ivoiriennes ont su mobiliser les populations pour un élan de solidarité et de générosité qui a beaucoup touché les Angolais. Ceux-ci ont été heureux de voir arriver des avions pleins de vivres, d'habits, des médicaments. Voici les raisons fondamentales de la sympathie dont vous faites la remarque.

Le programme de la visite prévoit une rencontre avec la communauté ivoirienne. Combien d'Ivoiriens vivent en Angola et que font-ils ?
Il existe une forte communauté des Africains originaires de la CEDEAO, mais les Ivoiriens sont peu nombreux. Ils sont essentiellement dans les secteurs informels.

Beaucoup se " débrouillent " dans les zones diamantifères ; souvent en situation irrégulière. Quand avec la fin de la guerre, l'Angola a commencé à mettre de l'ordre et édicter des lois pour mieux organiser et contrôler le pays, certains de nos compatriotes, tout comme les autres Africains non en règle, ont connu beaucoup de tracasseries. Faute de permis de séjour, nombreux parmi eux ont été rapatriés.

A ce jour, la communauté ivoirienne ne devrait pas dépasser une centaine de personnes exerçant de petites activités commerciales essentiellement.

Pouvez-vous nous faire le point des relations entre la Côte d'Ivoire et l'Angola aujourd'hui ?
Je suis en poste depuis 2001, selon les instructions de nos autorités, nous avons entrepris avec nos collaborateurs l'éco-diplomatie, c'est-à-dire mettre l'accent sur les échanges commerciaux. L'Angola étant un pays en devenir, nous avons pensé qu'il y avait de la place pour tout le monde.

C'est ainsi que se sont succédé ici plusieurs ministres : Alain Caucautrey, l'ancien ministre de l'Industrie ; Léon Monnet, Ministre des Mines et de l'Energie a effectué plus de cinq voyages. Il y a eu une lettre d'intention signée avec l'entreprise pétrolière nationale. Dernièrement, une entreprise immobilière ivoirienne m'a rendu visite : elle a été sollicitée dans le cadre de la reconstruction pour venir réaliser des logements pour aider les déplacés de guerre à se reloger.

Les relations entre nos deux pays se portent bien. Elles ont connu un réchauffement depuis la visite du Président Gbagbo. Depuis le début de notre crise, l'Angola a soutenu la Côte d'Ivoire et continue de le faire. Pas dans le sens évoqué par les ennemis de notre pays.

l'Angola n'a envoyé ni mercenaires ni armes comme cela a été propagé. L'Angola nous a soutenu en prenant officiellement position pour le Gouvernement légal d'Abidjan. Depuis ce temps, l'Angola nous soutient au plan diplomatique en conseillant la voie du dialogue et de la concertation au Président Gbagbo. Ici aussi, ils ont un gouvernement d'union et de réconciliation nationale, regroupant tous les anciens belligérants. Ils ont fait le tour du monde comme nous, à "la recherche de la paix".

C'est pourquoi la visite de travail actuelle est très importante dans la recherche de solution de sortie de crise. Le dernier soutien fort s'est manifesté après les événements de novembre 2004. Quand la France a détruit nos aéronefs, tiré sur les manifestants aux mains nues faisant des morts et de nombreux blessés, l'Angola a apporté, non pas des armes, mais des médicaments. En signe de solidarité.

Pour terminer, il importe de préciser que le MPLA et le FPI sont des partis partenaires au sein de l'Internationale socialiste. Il importe de préciser que les relations entre les deux pays sont déjà anciennes. Notre premier Ambassadeur, Jean-Marie Kacou Gervais, a présenté ses Lettres de créance au même Président Dos Santos, en 1983. Ce dernier a effectué une visite en Côte d'Ivoire et a été reçu par le Président Félix Houphouet-Boigny.
Entretien réalisé à Luanda

Source : Fraternité matin No12171