Octobre 2004

No108 - Son Excellence Madame Anne Gnaoré (Ambassadeur de Côte d’Ivoire en Angola) :“Nos relations sont parties pour être très bonnes”

Jeudi 28 Octobre 2004

Notre Voie : Excellence, voici bientôt deux ans que vous représentez la Côte d'Ivoire en Angola, peut-on avoir une idée de l'état de santé des relations entre la Côte d'Ivoire et l'Angola ?

SE. Mme Anne Gnahoré : Effectivement, le 14 octobre dernier, ça faisait trois ans que je représente la Côte d'Ivoire en Angola.
En ce qui concerne les relations entre les deux pays, je peux dire qu'elles vont très bien. Elles sont au beau fixe. Elles sont excellentes. Il faut savoir qu'avant l'arrivée du président Laurent Gbagbo au pouvoir, les autorités de Luanda accusaient à tort ou à raison la Côte d'Ivoire de soutenir la rébellion angolaise. Ce n'était donc pas évident à l'époque. Les relations étaient très difficiles et ceux qui m'ont précédé en savent quelque chose. Mais depuis la visite historique du président Gbagbo en Angola, les choses ont beaucoup évolué favorablement. C'était en effet, la première visite d'un chef d'État ivoirien en Angola. Aujourd'hui donc les relations sont excellentes entre nos deux pays.

N.V. : On se souvient qu'au cours de ce voyage, le président Laurent Gbagbo avait déclaré que la Côte d'Ivoire ne servira plus de base arrière à la déstabilisation d'un pays frère, comme l'Angola. Cela veut dire que ce message a été entendu et qu'il se traduit dans les faits…

A.G. : Je l'ai dit tantôt, la visite était historique. Le message aussi était historique. Un message porteur. C'était la première fois en effet qu'un chef d'État tranchait avec la position de ses pairs sur la question du conflit angolais. Le message a été perçu cinq sur cinq.
En outre, le chef de l'Etat a joint l'acte à la parole. Les choses se sont tellement bien passées, que les frères angolais qui étaient dans la rébellion et qui vivaient en Côte d'Ivoire sont rentrés paisiblement au pays grâce à la médiation du président Gbagbo.

N.V. : Alors la complicité entre les chefs d'Etat ivoirien et angolais a fait dire au début de la crise ivoirienne que les soldats angolais avaient envahi la Côte d'Ivoire pour prêter main forte au régime ivoirien. Aviez-vous, en son temps cette information? Peut-on savoir la réaction que cela a provoqué en Angola ?

A.G. : Ceux qui ont véhiculé de telles rumeurs, car ce n'étaient que des rumeurs, sont de mauvaise foi. Je peux mettre cela sur le compte de l'ignorance du fonctionnement des relations bilatérales entre deux Etats, deux nations civilisées, deux pays qui traitent d'Etat à État. C'est à ce niveau que se situent les relations entre la Côte d'Ivoire et l'Angola.

Je disais tantôt qu'il faut mettre cela sur le compte des rumeurs parce que nous avons certes une grande commission mixte, mais nous n'avons pas de coopération en matière militaire. Il n'y a pas de cadre juridique dans ce domaine-là. Les Angolais ne sont pas des mercenaires, donc ils ne pouvaient à aucun moment venir prêter main forte à la Côte d'Ivoire même s'ils sont conscients que notre pays est injustement attaqué. Parce qu'il s'agit d'un pouvoir légal et des institutions légales qui ont été attaqués. C'est une position politique que l'Angola a prise. Mais au-delà des déclarations pour condamner la rébellion, la tentative de coup d'État, il n'y a pas eu autre chose. Tout ce que les gens racontaient n’était donc que des rumeurs.

N.V. : On le sait, l'Angola a connu la guerre pendant 27 ans. Voilà deux ans que la Côte d'Ivoire fait la même expérience d'une tentative de déstabilisation. Est-il possible à ces deux pays de tisser des relations militaires ? Une autre façon de s'unir pour sauver leur destin ?

A.G. : J'ai expliqué déjà que la grande commission mixte qui a été mise en place avec l'avènement du président Laurent Gbagbo constitue un cadre de travail dans lequel on peut évoluer. Il appartient à chaque département ministériel d'y prendre sa part de coopération. Nous attendons donc que les ministères de la Défense des deux pays utilisent ce cadre-là. D'ailleurs, les choses étaient déjà en bonne voie lorsque la guerre a éclaté.

A l'époque, le ministre Lida Kouassi avait effectué plusieurs missions en Angola. C'est la guerre qui a tout arrêté. Tout cela pour vous dire que ce n'est pas exclu.
En outre, l'Angola ayant une expérience en matière de démobilisation, désarmement, réinsertion, il n'est pas exclu que la Côte d'Ivoire ait recours à cette expertise. C'est en ce sens que je trouve malheureux les rumeurs qui ont circulé et qui ont contribué à empêcher que des soldats angolais soient au sein des casques bleus. En plus ils ont l'avantage d'avoir expérimenté un gouvernement de réconciliation depuis deux ans. Tout cela aurait pu nous servir.

Malheureusement, la mauvaise foi et la méconnaissance du fonctionnement des rapports d'État à État ont fait que les choses ne sont pas allées dans le sens que nous souhaitons. Mais tout n'est pas perdu. On peut toujours continuer. Les institutions ivoiriennes existent et donc la coopération entre les deux pays peut se poursuivre.

N.V. : En son temps, les rebelles disaient qu'ils n'avaient pas confiance aux Angolais qui seraient des partisans du président Laurent Gbagbo. Et donc les rebelles craignaient que les Angolais ne les attaquent, si éventuellement ils étaient au sein des casques bleus.

A.G. : Écoutez, je l'ai dit tout cela relève de la méconnaissance du fonctionnement des institutions républicaines et des relations internationales.

En effet, tous ceux qui sont là au nom des Nations unies ne viennent pas pour faire la guerre en Côte d'Ivoire. Mais ils sont là pour nous aider à réussir la démobilisation, le désarmement, la réinsertion et la réconciliation. Donc si les Angolais venaient, ils ne travailleraient que dans ce cadre. Ils ne sont pas là pour exporter la guerre d'un pays à un autre. Ils en ont eux-mêmes trop souffert. Ils venaient tout simplement aider un peuple frère à retrouver son unité, la paix et faire la réconciliation. De surcroît, c'est l'ONU qui avait pris contact avec eux. Les Angolais ne s'étaient pas désignés comme cela. Les rumeurs ont fait que l'ONU qui avait fait la demande s'est rebiffée.

Malgré leur retrait des casques bleus, les Angolais sont toujours à nos côtés et ils nous soutiennent. Si leur absence peut calmer les rebelles et aider à aller vite au désarmement, alors c'est une bonne chose.

N.V. : Vous avez évoqué la démobilisation, le désarmement et la réinsertion (DDR) en Angola. Quelques années après la fin des hostilités, comment le processus DDR se passe-t-il là-bas ?

A.G. : Je pense que le pouvoir en place a tenu toutes ses promesses. Il a fait sa part en essayant de mettre les gens dans les conditions pour les aider à retourner dans leurs régions d'origine, notamment tous les déplacés de guerre.

Actuellement Abidjan est surpeuplé. Là-bas, le stade de Luanda qui a accueilli les déplacés de guerre est surpeuplée. Petit à petit le pouvoir angolais aide à la reconstruction des différentes régions pour favoriser le retour des déplacés chez eux. On leur remet des kits pour leur permettre de se prendre en charge. Tout le pays est en chantier pour reconstruire toutes les infrastructures qui ont été détruites au cours de la guerre. Donc le pouvoir fait sa part. Ce qui gêne un peu, c'est la communauté internationale qui tarde à tenir promesse.

Souvenez-vous qu'à Kléber on avait promis de nous aider à reconstruire la Côte d'Ivoire dès que la guerre cesse. Ces mêmes promesses ont été faites à l'Angola. On constate deux ans après que la conférence des donateurs, qui devait se réunir pour évaluer les besoins et voir comment reconstruire le pays, tarde. Mais les autorités angolaises qui sont conscientes des souffrances endurées par le peuple n'attendent pas la communauté internationale. Elles prennent leur destin en main.

Aujourd'hui l'Angola a une armée réunifiée. Tous ceux qui, n'ont pas pu intégrer l'armée nationale, sont occupés ailleurs. Certains sont dans la formation professionnelle, d'autres sont retournés à l'agriculture, etc.

N.V. : L'une des spécificités de la guerre civile qui a ravagé l'Angola, ce sont les mines anti-personnelles qui ont été disséminées partout sur le territoire. Cette situation favorise-t-elle les activités agricoles ?

A.G. : Vous savez l'Angola a été sérieusement affectée par la guerre. Et le pays compte parmi les plus minés du monde après l'Afghanistan, si je ne m'abuse. C'est de tout cela que la conférence des donateurs devait traiter. Comment aider à déminer le pays. Mais déjà, plusieurs ONG nationales et internationales se sont mobilisées pour faire le déminage. Le ministre de la réinsertion sociale octroie des parcelles dans la partie du pays qui n'est pas minée. Et les populations retournent dans leurs régions respectives pour faire de l'agriculture là où les terres sont cultivables.

N.V. : Pour revenir à la coopération, la Côte d'Ivoire produit du pétrole mais pas autant que l'Angola qui est un grand producteur mondial. Quel type de coopération les deux pays peuvent-ils entretenir dans ce domaine-là ?

A.G. : On avait initié un début de coopération dans ce domaine.
En effet, presque toutes les raffineries angolaises avaient été détruites par la rébellion. Il y avait des difficultés de raffinage qui faisaient que le produit raffiné ne suffisait pas. La Côte d'Ivoire avait tenté de nouer des relations dans ce domaine, pour que nous puissions raffiner une partie du pétrole angolais, lorsque la guerre est arrivée. Vous savez que tout le monde se méfie d'un pays en guerre. On avait donc mis le dossier en veilleuse. Mais le contact n'est pas rompu pour autant.

Un autre volet de la coopération concerne la vente du bitume à l'Angola. Dans ce domaine, nous sommes très avancés. On est même parvenu à un accord. Je crois que très bientôt les choses vont se concrétiser. Le reste est une question de temps. Donc on avance lentement mais sûrement. Rien n'est perdu. On a seulement mis le dossier en veilleuse à cause de la guerre.

N.V. : Durant la longue guerre qu'elle a connue, il a été difficile à l'Angola de développer une véritable industrie. Elle a pratiquement vécu au dépend des industries extérieures notamment celles d'Afrique du Sud. La Côte d'Ivoire peut-elle être d'un apport certain pour l'Angola dans l'agro-alimentaire, le textile par exemple ?

A.G. : Les relations entre nos deux État existent déjà dans ce domaine. L'Angola, il ne faut pas l'oublier, était producteur de café comme la Côte d'Ivoire. C'est vrai que les vergers ont été abandonnés du fait de la guerre, mais il y a encore un embryon d'industrie agricole. L'Angola commence à refaire ses vergers. On parle de plus en plus de café angolais. Les autorités envoient souvent des missions ici participer à des réunions. Il n'est pas exclu qu'ils viennent chercher l'expertise chez nous.

Je vous signale au passage que la Secrétaire générale de l'Organisation internationale du café (OIAC) est une Angolaise. La Côte d'Ivoire abrite le siège mais le secrétariat général est assuré par l'Angola. Les Angolais m'avaient même contactée pour venir faire la formation de leur expert ici, quand il y a eu la guerre.

N.V. : Dans l'ensemble, vous avez donc espoir dans les relations entre les deux pays…

A.G. : Oui, j'ai grand espoir que nos relations sont parties pour être très bonnes. N'eût été la crise que nous vivons, nous serions allés au-delà et je vous aurais fait un bilan sur le plan des relations économiques.

Lors de notre dernière conférence des ambassadeurs, le président Laurent Gbagbo nous a dit que les ambassadeurs doivent faire de l'éco-diplomatie. Je m'y consacre donc beaucoup parce que je sais qu'en Angola, il y a d’énormes potentialités que les experts ivoiriens peuvent exploiter. Je ne perds pas espoir. Je continue de contacter les gens, d'envoyer des courriers à tout le monde.
Au-delà des écrits, je bouscule aussi un peu partout. Dès la fin de la crise, je reprendrai mon bâton de pèlerin.

Source : Notre Voie No.1926


No107 - Côte d'Ivoire - Conseil des Ministres du jeudi 7 octobre 2004

Vendredi 8 Octobre 2004

Cette réunion marque la reprise de l’activité gouvernementale après quelques semaines de vacances accordées aux membres du gouvernement.
Avant d’entamer l’ordre du jour du Conseil, le président de la République a tenu à faire un rapide commentaire sur l’actualité nationale et internationale.
-Sur l’affaire des journalistes français otages en Irak, le président de la République a rappelé les circonstances dans lesquelles il a été amené à mettre à la disposition des personnalités françaises qui l’avaient sollicité, et à titre strictement humanitaire, un avion présidentiel pour faciliter leur déplacement en vue d’obtenir la libération des otages.
- sur la question du désarmement :
Le Président de la République a informé le Conseil qu’à la suite de la réunion sur le processus de DDR organisée le 6 octobre 2004 à Yamoussoukro par les FANCI, les FAFN et les Forces impartiales, une réunion aura lieu le lundi 11 octobre à Yamoussoukro entre les forces en présence et les signataires ivoiriens de l’accord d’Accra III.
Le président de la République a marqué son accord aux ministres désireux de se rendre à Cotonou pour soutenir notre équipe nationale qui sera confrontée à celle du Bénin ce dimanche 10 octobre 2004 dans le cadre des éliminatoires pour les phases finales des coupes d’Afrique et du Monde 2006.
Abordant son ordre du jour, le Conseil a examiné plusieurs projets de décrets ainsi que des communications.
Au titre du ministère de la Construction et de l’Urbanisme, sur présentation du ministre en charge de ce département, le conseil a donné son accord pour l’adhésion de la Côte d’Ivoire à la Société SHELTER Afrique et la prise en charge par le budget des dépenses relatives à la prise de participation au capital de ladite société.
La société SHELTER Afrique (société pour l’Habitat et le logement territorial en Afrique), créée en 1982, est une institution panafricaine de promotion de l’habitat à travers l’investissement, l’assistance technique et le financement.
Cette société dont le siège est à Naïrobi accorde des prêts d’une durée maximale de 10 ans avec un différé de 1 à 2 ans à un taux d’intérêt de 9%. Le Conseil a admis que les avantages que tirera la Côte d’Ivoire de cette adhésion justifient pleinement la décision adoptée.
Le Président de la République, sur présentation des ministres en charge des départements concernés, a signé divers décrets portant organisation du ministère de l’Education nationale et nomination de directeurs d’administration centrale.
Le président de la République a saisi cette occasion pour exprimer son soutien et ses encouragements aux différents ministres en charge de l’enseignement et de la formation en cette période de rentrée scolaire et universitaire qui survient alors que la Côte d’Ivoire est toujours en situation de guerre. Le président de la République a exhorté les différents ministres concernés à pérenniser la tradition de concertation tant pour la préparation de la rentrée scolaire et universitaire que pour la fixation des grandes étapes de l’année scolaire et universitaire, s’agissant des congés et vacances.
Au plan de la situation militaire et sécuritaire, le Conseil a entendu une communication conjointe des ministres en charge des départements concernés. Le Conseil a été informé des incidents graves survenus au quartier Cocody-Blingué, au marché d’Adjamé, sur l’autoroute du Nord (Sikensi), au 43ème BIMA, au domicile du Premier ministre Ouattara…
Le Conseil a également été informé des mesures arrêtées dans le cadre du programme DDR à Yamoussoukro et notamment du démarrage du processus au 15 octobre 2004 d’abord par le regroupement des forces en présence, ensuite leur identification, puis leur désarmement et réinsertion suivant un chronogramme qui sera connu.
A ce propos, le Président de la République a invité les membres du gouvernement à assister à la réunion qui aura lieu le lundi 11 octobre 2004 à Yamoussoukro sur le processus de désarmement. Le Président de la République après avoir déploré les incidents graves ci-dessus évoqués, liés selon lui à la situation de crise qui perdure, a demandé que des enquêtes qui ont commencé soient rapidement conduites à leur terme et que des dispositions soient prises afin de prévenir d’autres situations de ce genre.

Le ministre de la Fonction Publique et de l’Emploi/ Porte-parole du gouvernement
Pr. Oulaye Hubert